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Réalité augmentée / Adelin Schweitzer PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 12 Mars 2010 10:51

Réalité augmentée, l'expérience sensorielle


realite_augmentee2_webLe jeudi 4 mars, à la médiathèque Jacques Ellul à Pessac, l'artiste multimédia Adelin Schweitzer a emmené le public dans un monde parallèle. Issu de l'École des Beaux-Arts d'Aix-en-Provence, ce passionné de 31 ans a déjà créé plusieurs outils permettant de modifier les perceptions de la réalité. Simulateur d'ébriété, simulateur de célébrité (la tête dans un casque, l'individu reçoit des flashs d'appareils photos et des applaudissements en série directement dans les yeux et les oreilles...), le simulateur de Kung Fu… Autant de « machines » réalisées pour relativiser la perception humaine, voire dénoncer les potentielles manipulations dont nous serions victimes et plus ou moins conscients au quotidien.

La série de réalisations sur l' « inintéractivité » pose la question du rapport de l'homme à la machine. Le Cutting Sequence version 0.1 est une plateforme munie d'un capteur qui active un massicot lorsqu'on appuie dessus ; plus la pression est forte, plus la lame a des « chances » de couper la main... Lors de ses expositions, Adelin Schweitzer a souvent remarqué que les réactions du public n'étaient pas en accord avec ce qu'il imaginait. Il en veut pour exemple le Videopuncher : on active des vidéos en cognant sur un punching-ball ; plus on cogne fort, plus les vidéos sont joyeuses, belles, douces. À l'inverse, moins le capteur est sollicité, moins les images sont soutenables. Lors d'une exposition, le public a fini par aller doucement chatouiller la cellule du capteur pour ne voir défiler que les vidéos les plus violentes. L'artiste en conclut que ce n'est plus la machine elle-même qui est pertinente, mais la relation qui s'instaure entre elle et le public, et les réactions inattendues qu'elle suscite.

Il y a deux ans, Adelin a pour projet de créer un outil idéal permettant de répondre à une nouvelle interrogation : l'Humain peut-il percevoir le monde au-delà de la représentation qu'il s'en fait ? (qu'il s'en fait par sa situation sociale, l'époque à laquelle il vit, le territoire qu'il habite...) Y a t-il une ou des réalités ? Tendant vers cette utopie, tel un scientifique qui expérimente pour valider ou invalider ses hypothèses, Adelin crée un outil de « Réalité Augmentée », représenté par une logique de filtres qui séparent l'utilisateur de la réalité qui l'entoure. Lors de notre rencontre, c'est Nicolas, un volontaire, qui s'y colle : casque sur les yeux et les oreilles, matériel harnaché sur le dos, il est relié à un ordinateur portable qui montre au reste du public ce qu'il voit. Adelin, lui, est muni d'une manette de jeu vidéo et contrôle les effets qu'il envoie directement dans le casque de notre cobaye. Dédoublement de la vision, changement des couleurs et perturbation des distances, insertion d'objets flottants... En plus de la déformation des bruits et l'intrusion de nouveaux sons, c'est tout l'environnement de Nicolas qui est modifié, par l'altération de son ouïe et de sa vue. Ses sens sont trompés et détournés.

L'artiste parle de protocole à respecter : « Dans l'idéal, il faut faire une ballade de jour, prendre un trajet que l'on connaît bien ; la route que l'on fait tous les matins pour aller travailler, par exemple. De cette manière, on pose un regard neuf sur les choses que l'on connaît trop bien et qu'on ne regarde plus vraiment. C'est une façon de s'extérioriser du monde pour y retourner avec un œil neuf. C'est se sortir sensoriellement de la routine.»realite_augmentee4_web

La première remarque de Nicolas lorsqu'il partage son expérience est une référence à la vision de type infra-rouge dans le film Predator (John McTiernan, 1987). Mais il a du mal à exprimer clairement ce qu'il a ressenti. La prochaine étape pour Adelin est de trouver un moyen de présenter son outil à un public plus large ; que l'expérience soit collective et qu'elle permette de faire voyager les gens, les faire changer de contexte afin de savoir si les êtres humains vivent les mêmes réalités partout dans le monde. Le but ultime de l'artiste n'est pas de créer de nouveaux usages à partir de nouvelles machines, ni de nouveaux besoins, mais de créer du sens. Adelin Schweitzer ne parle jamais technique, il cherche toujours la poésie née de l'expérience.


Adelin Schweitzer sera en résidence à Labomedia à Orléans, d'avril à mi-mai prochains.

En savoir plus sur cet artiste : www.a-reality.org

 

Mise à jour le Vendredi, 12 Mars 2010 11:50
 

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